11 juin 2010

L'appel du 11 Juin

Du fond de ma Lozère je lance un appel.

j'aimerais relancer l'un des buts de ce blog : parler de nos stages !

échanger sur comment le boulot se passe, les galères, les angoisses, les avancées, les révélations....
Parce que de mon côté, je suis complètement perdu, je patauge depuis 4 mois, n'arrive à rien... peut-être le manque de motivation, l'esprit mélangé...
Suis-je aussi seul que je le crois dans ma déréliction ? Cocon de pierre dans les ergs inquisiteurs du doute ?
Ça me ferait du bien de savoir que je ne nage pas seul dans l'océan de la complexité, résistant tant bien que mal aux vagues de l'incertain et aux envies d'Ailleurs
(même si je n'ai pas à me plaindre de la beauté des paysages des Causses et des Cévennes).

Ce message rassurera certains qui galèrent peut-être comme moi, il informera les autres sur ce que je fais ici, il fera rire ceux pour qui le seul grain dans le rouage de l'hémisphère gauche est celui du sable chaud de l'hémisphère sud.

Alors voilà un petit résumé de mon stage de 5 mois à SupAgro Florac :

Recueil, valorisation et transmission des Savoirs Ecologiques Paysans dans l'enseignement agricole français.

voici le lien vers le wiki du projet qui vient d'être crée pour ceux que ça intéresse :
http://www.cdrflorac.fr/FermeDeWiki/wiki17/wakka.php?wiki=PagePrincipale

Je devais à la base travailler sur les bergers transhumants en Provence, les plantes médicinales en Puy de Dôme, la viticulture en Bourgogne, les terrasses de culture en Haute-Loire, le pastoralisme en Corse du Sud, les essences forestières dans la région de Saint-Louis au Sénégal (sic)
premier problème trop de terrains différents, comment trouver un fil conducteur là dedans. Bref on me demander de faire 5 - 6 thèses en 5 mois (dixit Richard et François Léger)

il y a un mois (seulement) je décide de me concentrer uniquement sur la viticulture dans le Mâconnais (terrain gustativement intéressant)

deuxième problème : comprendre ce qu'on me demande "recueil" ? "savoir" ? "transmission" ?

Comment "recueillir" un savoir sans tomber dans la muséographie ? Comment transmettre en le sortant de son contexte initial de transmission dans le milieu et sur le temps long ? Comment repenser l'alternance, l'enseignement au vivant, à l'observation du milieu ? On parle de "savoir" mais est-ce qu'on est vraiment sûr de savoir ce qu'on met derrière ? rendre concret quelque chose d'aussi abstrait ?
je frôle à chaque fois l'anthropologie de la connaissance, la science de l'éduc, l'agronomie, la philo, l'épistemo, bref de quoi bien se perdre dans les méandres réflexif de la pensée mes amis !
ah ouais c'est autre chose que de compter des rousserolles en buvant de la Gazelle...(joke)

bref : j'en chie...

et vous ????

Si vous aussi vous êtes dans le complexe, faites-moi signe, ça me rassurera.

Romain (anagramme de Morin d'ailleurs)

Posté par edts2010 à 18:02 - Commentaires [6] - Permalien [#]

Commentaires sur L'appel du 11 Juin

    Difficile de répondre sans faire un roman, ou, au contraire, sans tomber dans des simplifications pauvres en substance...
    Tout d'abord, j'ai le sentiment que l'un des buts de ce stage est de nous faire patauger, justement. C'est dans le doute que l'on progresse : on teste, on se plante, on change de tactique, d'approche. Entre les deux, on doit s'approprier une thématique qui ne nous est pas (ou peu) familière, on doit s'approprier le pays ou la culture, on doit être sûrs de ne pas partir sur des qui pro quos avec le/la maitre de stage (ce qui nécesite déjà une bonne appropriation de tout le reste). Le terain, c'est donc beaucoup de doutes, de découragements, de moments de boost. C'est des rencontres clefs avec des personnes qui t'éclairciront d'une toute petite phrase, alors que tu galères depuis des mois, ou un texte qui te fait voir la réalité ambiante de ton terrain sous un angle nouveau, un angle qui te permet de relier des éléments incompris entre eux.
    Et puis il ne faut pas oublier que le choix de notre terrain est lié à un souvenir, ou à un fantasme quelconque. C'est à la fois un élément moteur, car il nou motive, mais peut devenir un frein : ce qu'on trouve ne nous plait pas ou ne correspond pas à ce qu'on croyait.
    Bref, difficile, oui. Mais c'est aussi ce qui le rend aussi passionnant, ce terrain.
    Pour le sentiment de flirter avec des tas de compétences et domaines qu'on ne maitrise pas... sûr... on vient d'une formation hybride qui vise à nous permettre d'appréhender des thématiques hybrides. Encore une fois, passionnant et compliqué. moi, je me suis retrouvée à faire un stage à visée sociale, alors que ce n'est pas du tout ce que je voulais (voir, par la mise en évidence d'une transmission des savoirs sur les plantes médicinales, si les mineures enceintes sont en rupture sociale). Une approche étrange, capilotractée, dans laquelle je suis encore à peine à l'aise, et à laquelle je n'ai pas cru pendant longtemps.
    Autre difficulté, pour moi, c'est l'approche de la culture créole. Les réunionnais prennent soin de laisser des zones d'apparat auxquelles on peut s'arrêter pour juger de leur système culturel. Pourtant, il s'agit d'une mise en scène destinée à se protéger d'un extérieur parfois mal considéré. Nous sommes les anciens esclavagistes, ceux qu'ils aimeraient imiter, et ceux qui ont tout le pouvoir sur l'île (car plus adaptés à un système occidental).
    Bref, difficile, donc, de progresser dans cet imbroglio, mais à chaque pas en avant, c'est un vrai plaisir !

    Sinon... annagramme d'E Morin ? Non ! S'il s'appelait Alphonse, je ne dis pas

    Posté par sandrine, 12 juin 2010 à 08:12 | | Répondre
  • Ethnologue Déprimé Tellement Surmené

    hé hé hé

    De mon côté je viens de terminer de mater Corée du Sud - Grèce. Match pas trop mal si on compare à ce match de merde que nous a offert la France hier. Angleterre-USA commence dans quelques minutes, la bière est au frais. C'est de la Royal Dutch, ils avaient plus de Flag, c'est la galère.
    Les rousserolles attendront, coupe du monde oblige.

    L'avantage d'être en E2F, c'est qu'il n'y a pas trop besoin de réfléchir. Tu montes ton protocole et tu appliques sur le terrain.

    bon courage, je compatis.

    Posté par Simon, 12 juin 2010 à 15:42 | | Répondre
  • anagramme

    oui désolé, ce n'est qu'un anagramme sonore

    par contre si Pablo Picasso avait su qu'il serait l'anagramme de Pascal Obispo il aurait sans doute changer de nom......

    Posté par romain, 12 juin 2010 à 16:52 | | Répondre
  • une anthropologue en déroute ou une déroute anthropologique...??

    Malheureusement Romain, ton cas n'est pas isolé...
    De mon côté aussi je m'enlise littéralement... Alors que la saison des pluies se fait de plus en plus présente, que les deux semaines qui me qui me séparent de la page blanche restent encore obscurcies par le rideau de bruine et que le lit de la rivière se remplit dangeureusement me bloquant le passage dans les profondeurs de la réalité sociale de ce paisible village, le questionnement se fait de plus en plus pressant. Comment parler des savoirs locaux sur les arbres, et de gestion agroforestière quand le terrain me crie relations de pouvoir et conflits d'accès aux ressources et à la terre? Entre envies et demandes institutionnelles, les histoires de vie défilent sous mes yeux, laissant percevoir les relations instaurées entre ces familles avec en bruit de sourdine les canons de la révolution et la réforme agraire menée par le FSLN il y a à peine 20 ans. Ce thème dont on ne parle qu'à demi mot et qui a instauré une division profonde, une représentation dialectique de la terre: terres privées/terres de coopératives (terres de l'état). Division artificielle puisque depuis 20 ans le monde rural s'est réorganisé. Artificielle aussi la dialectique éleveurs / agriculteurs ou encore celle de grands propriétaires terriens / paysans sans terre. Comment chercher quand l'on ne sait pas bien ce que l'on cherche? Attendre la révélation: cela prendrait des mois, des années; quand l'étrangère connue que je suis sera devenue un élément supllémentaire du paysage social. Cela n'arrivera pas, deux semaines, ce qu'il me reste...
    Et la frustration de voir l'équipe de biologistes et de zootechniciens appliquer leur protocole, sans se poser de questions..
    Pour moi, une discussion, une phrase, une révélation. Une phrase, un changement de perspective... quelle méthodologie adopter? Mais quelle est ma problématique au fait?
    Quand d'autres (de la même équipe) étudient les savoirs locaux pour les "sauver", les cataloguer au sein d'une base de donnée, les isolant de la réalité sociale... Mais savoirs de qui? Savoirs appliqués ou savoirs détenus? Pour quelle finalité... ??
    Quand la question sera claire, la réponse viendra t elle d'elle même ou serait ce la réponse qui m'apportera la question?
    klo

    Posté par klo, 12 juin 2010 à 18:35 | | Répondre
  • pas si déroute que ça

    à mon avis, klo, si tu racontes toutes ces questions dans ton mémoire, ce sera apprécié. ton questionnement est totalement légitime.
    bon courage
    serge

    Posté par bahuchet, 15 juin 2010 à 20:29 | | Répondre
  • on en revient toujours à la question qui a animé nombre de débats lorsque nous étions en M1... à quoi sert l'ethnologue ? A observer ? Ou a agir ? Est-ce que la retranscription de ses observations n'est-elle pas déjà une action ? Est-ce que mettre simplement en exergue les tensions présentes quelque part n'est-il pas suffisant ?
    Hmmm

    Posté par sandrine, 16 juin 2010 à 06:58 | | Répondre
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